Aller au contenu

Prévision de trésorerie 13 semaines · Guide pour PME Voir venir votre trésorerie, treize semaines à l'avance.

Une prévision de trésorerie à 13 semaines tient sur une page : ce qui va entrer sur votre compte et ce qui va en sortir, semaine par semaine, pendant un trimestre. Voici comment je la construis avec un dirigeant de PME belge, avec les échéances à ne pas oublier et un exemple chiffré. Un tableur suffit pour commencer.

Par Thibault Van Nimmen · 7 min de lecture · Mis à jour le

Pourquoi une prévision de trésorerie sur 13 semaines ?

Prévoir sa trésorerie, c'est répondre chaque semaine à une question simple : aurai-je de quoi payer ce qui doit partir ? Treize semaines, c'est un trimestre découpé en semaines. Assez loin pour voir venir une échéance de TVA, une paie, un creux d'activité ou le retard d'un gros client. Assez près pour rester fiable : à cet horizon, une bonne partie de vos entrées et de vos sorties est déjà connue.

Et pourquoi la semaine plutôt que le mois ? Parce qu'un mois cache ses creux. La TVA part le 20, votre plus gros client paie le 28 : sur le mois, les entrées couvrent les sorties, mais entre les deux, votre compte peut passer dans le rouge. Au mois, vous ne voyez rien. À la semaine, vous voyez le creux, et vous avez le temps d'agir.

Budget annuelComptes du comptablePrévision à 13 semaines
Sa questionOù voulons-nous aller cette année ?Que s'est-il passé ?Pourrai-je payer, semaine après semaine ?
Ce qu'on y litVentes, charges et résultat visésLe résultat et la situation de l'entrepriseL'argent qui entre sur le compte et qui en sort
Son rythmeUne fois par an, revu en cours de routeAprès coup : à la clôture, ou en situation intermédiaireChaque semaine
Qui le tientVous, avec votre comptableVotre comptableVous, ou une personne de votre équipe

Les trois se complètent. Le budget fixe le cap, les comptes disent ce qui s'est passé. La prévision à 13 semaines répond à la question la plus immédiate : est-ce que ça passe ?

Construire votre plan de trésorerie, étape par étape

Ouvrez un tableur. Une colonne par semaine, treize colonnes, et trois blocs de lignes : ce qui entre, ce qui sort, le solde. Puis remplissez-le dans cet ordre.

  1. Le solde de départ : votre banque, ce lundi

    Additionnez ce qu'il y a ce matin sur vos comptes professionnels. Prenez le solde de la banque, pas celui de la comptabilité, qui peut avoir du retard. L'argent que vous ne voulez pas toucher, comme une épargne de précaution, reste en dehors.

  2. Les encaissements clients, facture par facture

    Partez de la liste de vos factures ouvertes. Pour chacune, inscrivez la semaine où l'argent arrivera vraiment, d'après les habitudes du client, pas d'après l'échéance imprimée. Un client qui paie toujours à 45 jours paiera à 45 jours. Ajoutez ensuite ce que vous allez facturer : commandes signées, contrats récurrents, acomptes prévus.

  3. Les autres rentrées, si elles sont certaines

    Un remboursement de TVA, un crédit déjà accordé, un apport décidé, une aide dont vous avez reçu la décision. Une aide espérée mais pas encore accordée n'a rien à faire dans votre scénario attendu.

  4. Les décaissements, à leur vraie date

    Salaires, cotisations sociales, précompte professionnel, TVA, loyer, crédits, leasings, assurances, abonnements, fournisseurs. Chaque sortie va dans la semaine où elle quittera votre compte. Les échéances fiscales et sociales suivent un rythme fixe : je les détaille juste en dessous.

  5. Le solde de fin, qui devient le départ suivant

    Solde de départ, plus les entrées, moins les sorties : voilà le solde de fin de semaine. Il devient le solde de départ de la semaine suivante, et ainsi de suite sur treize semaines. La dernière ligne vous montre d'un coup d'œil la semaine la plus serrée du trimestre.

Les décaissements propres à une PME belge

Certaines sorties reviennent dans presque toutes les PME belges, à dates fixes. Les rythmes ci-dessous viennent des sites officiels (SPF Finances, ONSS, SPF Emploi, INASTI). Les montants, eux, viennent de votre comptable et de votre secrétariat social.

SortieRythmeBon à savoir
TVA, déclarant mensuelAu plus tard le 20 du mois qui suitC'est la date où l'argent doit être arrivé sur le compte du SPF Finances. Un virement peut prendre plusieurs jours.
TVA, déclarant trimestrielAu plus tard le 25 du mois qui suit le trimestrePlus d'acomptes en cours de trimestre : trois mois de TVA sortent en une fois.
Précompte professionnelLe 15 du mois qui suit le paiement des rémunérations, ou le 15 du mois qui suit le trimestre pour les plus petits montantsDû sur les salaires et sur les rémunérations des dirigeants. Le rythme dépend du montant dû l'année précédente. Un secrétariat social agréé le verse au plus tard l'avant-dernier jour ouvrable du mois qui suit : demandez-lui quand l'argent quitte votre compte.
Cotisations ONSSUne provision au plus tard le 5 de chaque mois, puis le solde du trimestre au plus tard le dernier jour du mois qui suit : 30 avril, 31 juillet, 31 octobre, 31 janvierPart retenue sur les salaires et part de l'employeur. L'ONSS calcule les provisions. Si vos cotisations de l'avant-dernier trimestre n'ont pas dépassé 4 000 €, pas de provisions : vous pouvez tout payer en une fois.
SalairesEmployés : au moins une fois par mois. Ouvriers : au moins deux fois par mois, à 16 jours d'intervalle au plusSauf date fixée par convention collective ou règlement de travail, au plus tard le 4e jour ouvrable qui suit la période de travail.
Versements anticipés de la sociétéQuatre par an. Pour les revenus 2026, si l'exercice suit l'année civile : 10 avril, 10 juillet, 12 octobre et 21 décembre 2026Ils évitent une majoration d'impôt. Le montant se décide avec votre comptable.
Cotisations sociales du dirigeant indépendantChaque trimestre, sur le compte de la caisse d'assurances sociales au plus tard le dernier jour du trimestreÀ inscrire si elles sortent du compte de l'entreprise.
Loyers, crédits, leasingsAux dates de vos contratsLe tableau d'amortissement de votre crédit donne chaque date et chaque montant.
FournisseursSelon vos habitudes de paiementComme pour vos clients : la date où vous payez vraiment, pas l'échéance théorique.

Quand une échéance tombe un week-end, la date se décale, parfois avant, parfois après : en 2026, le précompte de janvier était dû le 13 février, et la TVA de novembre est due le 21 décembre. Les calendriers du SPF Finances font foi, pour la TVA comme pour le précompte professionnel.

Deux scénarios et un seuil d'alerte

Une prévision n'est pas une promesse. Pour ne pas vous raconter d'histoire, tenez deux versions côte à côte, dans le même tableau.

  • Le scénario attendu : ce que vous jugez le plus probable, avec les délais réels de vos clients.
  • Le scénario prudent : le même, avec les mauvaises nouvelles plausibles. Votre plus gros client paie trois semaines plus tard. Une commande glisse au trimestre suivant. Une dépense arrive plus tôt que prévu.

Fixez ensuite un seuil d'alerte : le solde sous lequel vous ne voulez pas descendre. Il n'existe pas de chiffre universel ; un repère simple est de pouvoir payer une fois vos salaires nets, quoi qu'il arrive. Ce qui compte, c'est de l'écrire, et de décider à l'avance ce que vous ferez si une semaine passe en dessous, dans l'un ou l'autre scénario : relancer un client, décaler un achat, parler à votre banque avant d'en avoir besoin.

Un exemple de tableau de trésorerie sur cinq semaines

Voici une PME de services imaginaire : huit personnes, déclarante mensuelle à la TVA, salaires versés en fin de mois. Tous les montants sont fictifs. La semaine 1 commence le 1er du mois ; entre parenthèses, le jour habituel de chaque échéance.

Montants fictifs, en eurosSem. 1Sem. 2Sem. 3Sem. 4Sem. 5
Solde de départ22 00020 50034 50028 00039 000
Encaissements clients12 00020 0008 00016 00011 000
Salaires nets−15 000
ONSS, provision (le 5)−6 000
Précompte du mois écoulé (le 15)−5 000
TVA du mois écoulé (le 20)−7 000
Loyer et crédit (le 1er)−4 500−4 500
Fournisseurs−3 000−6 000−2 500−5 000−3 500
Solde de fin, scénario attendu20 50034 50028 00039 00027 000
Solde de fin, scénario prudent20 50020 50014 00025 00027 000

Dans le scénario attendu, tout passe, mais deux semaines pèsent lourd : la troisième, avec le précompte et la TVA, et la cinquième, avec les salaires. Le scénario prudent suppose que le plus gros client, 14 000 € attendus en semaine 2, paie trois semaines plus tard. Le compte reste positif, mais il descend à 14 000 € en semaine 3, sous le seuil d'alerte de 15 000 € que le dirigeant s'est fixé : une paie nette.

Il le voit dès le premier lundi, deux semaines avant la semaine serrée. Assez tôt pour appeler son client, décaler une commande ou prévenir sa banque, plutôt que de le découvrir le jour de la TVA.

Chaque lundi, on avance d'une semaine

Une prévision vieillit vite. Le rituel tient en cinq gestes, toujours le même jour :

  • Remplacez la semaine écoulée par le réel : ce qui est vraiment entré et sorti du compte.
  • Notez l'écart entre prévu et réel, ligne par ligne, avec sa cause : un client en retard, une facture oubliée, une dépense imprévue.
  • Repartez du solde réel de la banque, pas du solde calculé.
  • Ajoutez une semaine au bout : l'horizon reste de treize semaines.
  • Corrigez les hypothèses qui se sont révélées fausses, dans les deux scénarios.

L'écart est l'information la plus utile du tableau. Un écart isolé, c'est un incident. Un écart qui revient, c'est une hypothèse à corriger : un client paie plus tard que prévu, vos achats sont sous-estimés, votre saisonnalité est plus marquée que vous ne le pensiez. Semaine après semaine, la prévision devient plus juste, parce que vous la corrigez avec vos propres chiffres.

Et si votre tableau se mettait à jour sans ressaisie ?

Commençons par 30 minutes, offertes.

On regarde vos outils (banque, facturation, tableur) et ce qu'il faudrait pour que votre prévision se mette à jour sans ressaisie. Si un tableur suffit, je vous le dis.

Ce que l'IA apporte, avec un contrôle humain

Le plus long, dans ce rituel, c'est de recopier : relevés bancaires, factures, échéances. C'est là que l'IA est utile, à condition de rester à sa place. Voici ce que je mets en place dans une PME :

  • Catégoriser les mouvements bancaires. Chaque ligne du relevé est classée (client, fournisseur, salaires, TVA, ONSS) et rapprochée de la ligne prévue. Les cas douteux vous sont soumis, pas devinés.
  • Relier la facturation et les échéances. Vos factures émises et reçues alimentent la prévision, avec leurs montants et leurs dates. Depuis le 1er janvier 2026, les entreprises belges assujetties à la TVA doivent s'échanger des factures électroniques structurées, via le réseau Peppol, à quelques exceptions près : ces données se lisent sans ressaisie.
  • Détecter un retard de paiement. Le système connaît le délai habituel de chaque client et vous signale celui qui décroche, avant que le retard ne pèse sur votre compte.
  • Envoyer un résumé le lundi. Le solde prévu sur treize semaines, la semaine la plus serrée, les écarts de la semaine écoulée et les factures à relancer, en quelques lignes, par e-mail.

Le contrôle reste humain. L'IA ne paie rien et ne relance aucun client sans votre accord. Chaque hypothèse reste lisible et modifiable, et chaque semaine se compare au solde réel de la banque : un chiffre faux présenté avec assurance est plus dangereux qu'un tableur imparfait que vous connaissez par cœur. Vos données bancaires restent les vôtres, et chaque mission démarre par un engagement de confidentialité.

C'est le cœur du levier stratégie et finance : un cockpit à jour, une trésorerie prévue, des scénarios chiffrés, à partir de vos outils actuels. Si vous ne savez pas par où commencer, le diagnostic IA peut en faire l'un de ses deux leviers étudiés en profondeur. Et pour situer les budgets, lisez ce que coûte un consultant IA en Belgique.

Les erreurs fréquentes

  • Confondre résultat et trésorerie. Une entreprise rentable peut manquer d'argent. Une facture compte dans votre chiffre d'affaires le jour où vous l'émettez, mais elle n'arrive sur votre compte que le jour où le client paie. À l'inverse, le capital d'un emprunt que vous remboursez sort de la banque sans apparaître dans vos charges.
  • Oublier la TVA à reverser. La TVA encaissée sur vos ventes n'est pas à vous : après déduction de celle que vous avez payée à vos fournisseurs, elle repart vers l'État. Pour un déclarant trimestriel, l'oubli coûte cher : trois mois de TVA sortent d'un coup.
  • Des délais clients trop optimistes. L'échéance de la facture dit quand le client devrait payer ; votre historique dit quand il paie. Prenez le second. Et dans le scénario prudent, ajoutez une marge sur vos deux ou trois plus gros clients.
  • Oublier les sorties annuelles. Prime de fin d'année, pécule de vacances, assurances, taxes : elles ne reviennent qu'une fois par an, et c'est pour ça qu'on les oublie. Parcourez vos relevés de l'an dernier pour les retrouver.

Ce que cette prévision n'est pas

  • Un conseil financier ou fiscal. Ce guide explique une méthode de pilotage. Creatib fait du pilotage, jamais de conseil en placements ni en investissement. Pour une décision fiscale, un financement ou un placement, adressez-vous au professionnel concerné.
  • Un substitut à votre comptable. Il reste votre référence pour les montants, les déclarations et les comptes. La prévision se construit avec ses chiffres, pas à côté.
  • Une garantie. Une prévision réduit les surprises, elle ne les supprime pas. Sa valeur tient à une chose : sa mise à jour, chaque semaine.

Questions fréquentes

Faut-il un logiciel pour faire une prévision de trésorerie ?

Non. Un tableur suffit pour commencer : treize colonnes, quelques lignes, une formule pour le solde. Un outil devient utile quand la mise à jour vous prend trop de temps ou que les erreurs de recopie s'accumulent. On part alors de vos outils actuels, et on les relie.

Combien de temps faut-il pour la tenir à jour ?

La première version demande surtout de rassembler les pièces : factures ouvertes, contrats, échéances fiscales et sociales. Ensuite, la mise à jour du lundi devient un rituel court. Elle l'est encore plus quand les mouvements bancaires sont classés automatiquement et qu'il ne vous reste qu'à valider.

Mon comptable ne fait-il pas déjà ce travail ?

Pas forcément. Votre comptable tient vos comptes et vous dit ce qui s'est passé ; la prévision à 13 semaines regarde devant, semaine par semaine, et c'est vous qui la tenez. Il reste votre référence pour les montants et les échéances : les deux se complètent.

Je suis déclarant trimestriel à la TVA : qu'est-ce que ça change ?

La TVA d'un trimestre se paie en une fois, au plus tard le 25 du mois qui suit le trimestre, sans acomptes entre-temps. C'est une grosse sortie à inscrire dès aujourd'hui dans votre tableau. Et une raison de plus de ne jamais compter la TVA encaissée comme de l'argent disponible.

Que faire quand une semaine passe sous le seuil d'alerte ?

Agir tout de suite, pendant que vous avez encore le choix : relancer les clients en retard, décaler un achat qui peut attendre, revoir une dépense. Si le creux persiste, parlez-en à votre comptable et à votre banque avant l'échéance, pas après. Une prévision sert à ça : transformer une urgence en décision.

Vous occupez-vous de mes placements ou de ma fiscalité ?

Non. Creatib fait du pilotage : tableaux de bord, prévisions de trésorerie, scénarios et aide à l'arbitrage. Je ne fais aucun conseil en placements ou en investissement, ni de fiscalité. Pour cela, je travaille aux côtés de votre comptable et de vos conseillers habituels.

Commençons par 30 minutes, offertes.

On regarde vos outils (banque, facturation, tableur) et ce qu'il faudrait pour que votre prévision se mette à jour sans ressaisie. Si un tableur suffit, je vous le dis.

À lire aussi